EA 2448- CRHI (Nice)

CRHI

Les recherches sur les rapports de l’esthétique et de l’éthique, conduites depuis quatre ans au sein du C.R.H.I., ont permis de cartographier le champ théorique de la question, de mesurer son ampleur et d’apprécier son importance. Ces recherches ont d’ores et déjà abouti aux résultats suivants. La question méta éthique et méta esthétique du lien entre ces deux valeurs que sont le beau et le bien, a été traitée dans deux perspectives : l’une historique dans un ouvrage collectif dirigé par Pierre Destrée (FNRS-Louvain) et C. Talon-Hugon, ouvrage dans lequel ce lien est envisagé de manière diachronique dans l’histoire de la philosophie (Le beau et le bien. Perspectives historiques, actuellement sous presse aux éditions Ovadia) ; l’autre portant sur les débats les plus contemporains sur cette même question, dans une traduction collective d’articles décisifs parus au cours des trente dernières années dans la monde anglo-saxon (Ethique et esthétique. Perspectives anglo-saxonnes, C. Talon-Hugon dir., à paraître aux P.U.F. en septembre 2011). C. Talon-Hugon a également étudié les différentes formes qu’ont historiquement revêtu les fonctionnalismes artistiques, les pouvoirs des arts non abstraits en matière d’efficacité affective, cognitive et comportementale, ainsi que les défis moraux de l’art transgressif (notamment dans son ouvrage Morales de l’art paru aux P.U.F. en 2009). Elle a enfin fédéré une recherche sur les rapports des artistes à l’éthique (direction du n° 6 de la Nouvelle Revue d’Esthétique, intitulé « Ethiques d’artistes », janvier 2011).Le programme présenté ici s’inscrit dans la continuité de ces travaux portant sur l’expérience artistique des valeurs.

1)      Art et politique, colloque, 22-23 février 2005 (UNS)

Au cours des trois premiers quarts du XXème siècle, le rapport art et politique fut pensé à la fois en termes d’effets du politique sur l’art (initiée par les écrits de Marx et de Engels, fut développée l’idée selon laquelle l’art, comme les autres activités culturelles, est déterminé par la matrice socio-historique dans laquelle il se développe – les théories de l’art pour l’art elles-mêmes ne pouvant être comprises indépendamment de considérations extra artistiques, sociales et économiques), et en termes de production par l’art d’effets politiques. Non que l’art n’ait pas, par le passé, entretenu des relations étroites et avouées avec le pouvoir, mais à la charge de magnifier la puissance des Princes, a succédé pour l’art la charge critique de la dénonciation et de l’émancipation. Walter Benjamin ne déclarait-il pas qu’ « (au) fond rituel (de l’art) doit se substituer un fond constitué par une pratique autre : la politique » ?

Avec le passage d’un art d’avant-garde sans soutien public où l’ artiste était, suivant le mot d’Artaud, le « suicidé de la société », à la production contemporaine au sein d’un cadre étatisé, est apparue depuis les dernières décennies du XXème siècle une réflexion sur la politique culturelle et les stratégies institutionnelles de l’art, hantée par la question de savoir si autonomie critique et hétéronomie institutionnelle sont conciliables.

Ces problématiques contemporaines ouvrent sur des perspectives plus vastes : en tant que pratique singulière et non plus dans ses oeuvres particulières, l’art est-il dangereux pour l’ordre de la cité comme le soutiennent certains textes de Platon, ou favorable au lien social comme l’affirment Kant ou Schiller ?

Pour traiter de ces questions, sont conjuguées les approches de l’histoire de l’art, de la sociologie et de la philosophie. Il convient d’étudier artistes, œuvres et mouvements qui ont entretenu avec le politique des rapports déclarés (Léger et le communisme, Futurisme et fascisme, Situationnisme comme critique radicale de la politique, mais aussi Art and Craft, Bauhaus, etc. ), ou de secrètes homologies (théâtre classique et paradigme monarchique, par exemple). Il s’agit aussi d’étudier les théorisations des rapports de l’art et du politique (de Platon aux théoriciens de l’Ecole de Francfort). Il faut enfin poursuivre la réflexion sur ces questions qui, bien que particulièrement appuyées à l’époque de la modernité, traversent l’histoire de la pensée : l’art fait-il quelque chose au politique ? Doit-il quelque chose au politique ? Peut-il quelque chose pour le politique ?

Invités : Serge Milan, Univ. Nice (département d’ Italien) : « Le Futurisme italien et la question des valeurs ». Ghislène Del Rey, Univ. Nice (département des Arts) : « Fluxus : la parole comme geste artistique ». Patrick Marcolini, Univ. Nice (département de philosophie) : « L’Internationale situationniste et la querelle du romantisme révolutionnaire ». Louis Ucciani, Univ. Besançon (département de philosophie) :

« New-York, juillet 2004 : les artistes face au politique ». Nathalie Heinich, EHESS Paris :

« Avant-garde et compulsion critique ». Fabienne Brugère, Univ. de Bordeaux (département de philosophie) : « De la contestation à la transgression : l’exception artistique ». Carole Talon-Hugon, Univ. de Nice (département de philosophie) :« De l’idée de message ». Thierry De Duve, Univ. de Lille 3 : »Le jugement esthétique, fondement transcendantal de la démocratie ». Joëlle Zask, CNRS Marseille : « Pratiques artistiques et convictions démocratiques ». Dominique Ponnau, Conservateur général du Patrimoine,

Président du Patrimoine cultuel au Ministère de la Culture : « Autonomie de l’art et intentions politiques (Quelques études de cas) »

Les communications de ce colloque, augmentées d’autres articles, ont été éditées sous le titre Art et politique, dans le n° 11 de la revue Noesis en 2007

 2) La fiction, journée d’études, mercredi 15 mars 2006 (UNS)

Fruits de la capacité d’’inventer et d’imaginer, les fictions n’existent que par l’esprit de leur inventeur et dans celui de qui se les représente en imagination. Pourtant, les fictions ne sont pas de simples rêveries fugitives qui ne franchissent pas les barrières de la conscience de qui les pense ; elles supposent une mise en œuvre. Une fois créées, ces entités fictionnelles que sont les personnages, les lieux, les événements, possèdent une sorte de consistance et de cohérence. Bien que n’ayant pas d’existence dans le monde phénoménal qui est le nôtre, elles ne sont pas de purs non-êtres. Nous savons bien que l’existence n’est pas un prédicat comme les autres et que nous ne pouvons rien acheter avec les 100 thalers idéaux dont parle Kant. Pourtant, les entités fictionnelles ne sont pas de simples néants. Quel est donc leur statut ontologique ? Comment ces produits particuliers de l’imaginaire peuvent-ils nous affecter (on pleure au cinéma, on éprouve de la pitié pour Oedipe, on se réjouit de l’heureuse issue de L’Ile des esclaves) et influer sur nos comportements et nos existences ?

Invités : Nathalie Heinich (E.H.E.S.S.), « Diététique et heuristique de la fiction » Répondant : Jean-Pierre Zirotti. Maryvonne Saison (Paris X) « Le phénomène d’irréalisation » Répondant : Jean-Pierre Triffaux. Jean-Marie Schaeffer  (E.H.E.S.S.)

« Représentation, mimésis et invention : le triple jeu de la fiction » Répondant : Carole Talon-Hugon.

 3) Ethique et esthétique, colloque international, 22-23 novembre 2006 (UNS)

Ce colloque a été organisé en liaison avec un autre, sur le même thème, qui a eu lieu à l’université de Louvain, sous la direction du Pr. Pierre Destrée au printemps 2007. Ce dernier envisageait les rapports de l’éthique et de l’esthétique chez des auteurs de l’Antiquité, du Moyen-âge et de la Renaissance ; le colloque organisé par le C.R.H.I. couvre la période moderne et contemporaine.

 Wittgenstein en déclarant que « l’éthique et l’esthétique ne font qu’un », et d’autres en proposant plus récemment le néologisme « esthétique », suggèrent un rapprochement inattendu de la sphère de l’esthétique et de celle de l’éthique. Les valeurs respectives de l’une et de l’autre furent certes très liées au cours de l’Antiquité et du moyen-âge. Ainsi, le beau à la recherche duquel est Platon dans Hippias majeur n’est pas indépendant du bien, et au XIIIsiècle saint Thomas affirme encore que « le beau et le bon sont identiques et ne diffèrent que par la façon dont on les considère ». Pour l’homme de l’Antiquité comme pour l’homme médiéval, un lien profond unit donc le beau et le bien. La modernité au contraire a établi une dissociation franche de ces deux sphères. Au modèle traditionnel de prépondérance de l’éthique sur l’esthétique, a succédé l’idée d’indépendance. Or, depuis la fin du XXe siècle plusieurs signes attestent d’un changement dans la manière de penser les liens des deux domaines. Umberto Eco déclare symptomatiquement « ce n’est pas le Moyen Âge qui était dépourvu d’une esthétique : c’est le monde moderne qui en possède une trop étriquée ». Il faut donc reconsidérer la nature des liens du beau et du bien. Ce projet général se décline en une série de questions plus précises : faut-il renoncer à l’idée développée par Schiller selon laquelle l’éducation esthétique de l’homme est en même temps une éducation morale ? L’art transgressif de notre contemporanéité appelle-t-il des réponses autres qu’esthétiques ? La critique éthique de l’art est-elle légitime ?, etc.

L’originalité de ce colloque réside dans le fait qu’il aborde ces questions à partir d’œuvres phares de la philosophie qui, de l’Antiquité à la période la plus contemporaine, ont explicitement pensé ce lien de l’éthique et de l’esthétique. Pour chacun des auteurs retenus, un spécialiste internationalement reconnu a été choisi. La question des rapports de l’éthique et de l’esthétique fait depuis deux ans environ, une apparition remarquée en France (Colloque L’Art l’argent et la morale à la BNF-INHA en décembre 2008, Art et éthique, Palais de la découverte, avril 2009 ; émissions sur France-Culture : « Faut-il moraliser l’art ? », mai 2009, etc.). Aucun colloque n’a cependant considéré la question sous l’angle historique choisi ici.

Jean Robelin (Université de Nice) : Saillies et orifices du corps. Notes sur un problème esthétique. Jean-Paul Larthomas (Université de Nice) : Shaftesbury ou de la beauté comme symbole de la moralité. Laurent Jaffro (Université de Clermont-Ferrand) : Hutcheson. Fabienne Brugère (Université de Bordeaux) : L’invention du spectateur. Lecture d’Adam Smith. Michaël Biziou, (Université de Nice) : Éthique et esthétique chez David Hume. Jean-Michel Le Lannou (CPGE Versailles) : La Lettre à d’Alembert de Rousseau. Carole Talon-Hugon (Université de Nice) : Littérature et morale selon Diderot. Michel Puech (Université de Paris IV) : Éthique et esthétique dans le système kantien de la téléologie transcendantale. Éliane Escoubas (Université de Paris XII) : L’éthique est-elle un ‘art supérieur’ ? Schiller et les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme. Mathieu Kessler (IUFM Orléans-Tours) : Nietzsche. Jean-Jacques Wunenburger (Université de Lyon III) : Gaston Bachelard ou l’imagination éthique. Sandra Laugier (Université d’Amiens) : Wittgenstein. Marc Jimenez (Université de Paris I) : Éthique et esthétique du ‘particulier’ chez T. W. Adorno. Philippe Cabestan (CPGE. Paris) : Sartre : Qu’est-ce qu’une œuvre engagée ?. Jerrold Levinson (Université de Maryland – USA) : Tour d’horizon du problème des rapports de l’éthique et de l’esthétique dans la philosophie analytique contemporaine.

 Ce colloque est à l’origine de la publication aux éditions Ovadia (Nice) de Le beau et le bien. Perspectives historiques, P. Destrée et C. Talon-Hugon éds. (sous presse).

 4) « La rhétorique »

« La rhétorique », séminaire interne du C.R.H.I. 2007–2008, université de Nice

Jean Robelin : La mort de la rhétorique et l’art de l’insignifiant, 30/01/2008 ;

Ali Benmakhlouf : La rhétorique entre Aristote et ses commentateurs médiévaux, 13/02/2008 ;

Carole Talon-Hugon : La scission de la rhétorique en stylistique et théorie de l’argumentation est-elle légitime ?, 5/03/2008

 « Le savoir peut-il se passer de rhétorique ? » Colloque printemps 2008 (UNS)

La rhétorique en tant qu’art du discours est aujourd’hui largement considérée comme suspecte ; on l’accuse d’être vaine, inutile, stérile, et — plus gravement — manipulatrice. Les liens étroits qu’elle a entretenu, dans ses commencements grecs antiques, avec la sophistique et la condamnation platonicienne de celle-ci, semblent en faire la rivale et l’ennemie du savoir en général et de la philosophie en particulier. Les grands principes rhétoriques : produire un discours qui ne peut être dit autrement, qui est sans réplique, qui s’appuie sur l’ethos et le pathos, ne contredisent-ils pas en effet les exigences de traductibilité multiple, d’ouverture aux objections et d’appel à la seule raison qui caractérisent l’entreprise du savoir?

Bien que cette discipline ait disparu de l’enseignement, l’empire de la rhétorique demeure dans tous ces domaines où il s’agit de persuader, de la publicité à la propagande en passant par l’enseignement. Cet empire caché suffirait à rendre l’étude de la rhétorique, de ses genres, de ses règles, de ses principes, de ses figures et de ses lieux, nécessaire. Car elle ne sert pas seulement à l’usage de celui qui veut persuader mais aussi à la prise de conscience et à la compréhension des mécanismes de la persuasion. Mais la rhétorique n’a pas seulement pour objet de rendre lucide sur ce qui peut, à notre insu, nous manipuler. Elle est aussi étude de l’argumentation, seule valable dans les domaines (ceux de la morale, du politique, de l’action en général) où la raison formelle est impuissante et où le discours démonstratif nécessaire est impossible. La pensée classique a pensé que le domaine du savoir, celui des sciences et de la philosophie était un tout autre domaine dans lequel tout recours à la rhétorique devait être exclu et où la raison devait seule régner en maître. Mais le savoir est-il toujours, dans toutes ses formes et dans toutes ses dimensions, au-delà de l’argumentation ? Ne connaît-il que la démonstrativité et les longues chaînes de raisons dont parlait Descartes ? En bref, le savoir peut-il se passer de rhétorique ?

Carole Talon-Hugon (PR Philosophie, université de Nice) : Introduction au colloque : la rhétorique pour persuader, pour enseigner ou pour constituer le savoir ? Jean-Marc Levy-Leblond, (PR Physique, université de Nice) : Les sciences exactes sont-elles sans rhétorique ? Arnaud Zucker (PR Lettres classiques, université de Nice) : Une rhétorique épistémique ? Paradoxes théoriques et pratique problématique chez Aristote

Véronique Montagne (MC Lettres modernes, université de Nice) : Savoir(s) et rhétorique(s) à la Renaissance. Lucile Gaudin-Bordes (MC Lettres modernes, université de Nice) : De la représentation à l’interaction : les figures d’énonciateur dans les textes scientifiques. Nathalie Heinich (EHESS, sociologue) : Rhétorique et sophistique chez Pierre Bourdieu. Arnaud Villani (Professeur CPGE Nice) : Le partage du logos, entre symbolique, sophistique et rhétorique. Joël Candau (PR ethnologie, université de Nice) : Pourquoi ne pouvons-nous pas nous passer des rhétoriques holistes ? Une perspective naturaliste. Yves Mausen (PR de droit université de Montpellier I) : L’invention du droit. Droit savant et renaissance juridique au Moyen Âge. Philippe Jansen (PR histoire université de Nice) : La rhétorique, base et horizon théorique du savoir politique dans l’Italie médiévale. Jean Robelin (PR philosophie, université de Nice) : Rhétorique de la philosophie

Publication du numéro 15 de Noesis : Le savoir peut-il se passer de rhétorique ? (printemps 2010)

 5) « L’Affectivité »

Séminaire interne du C.R.H.I. 2006–2007

2006-2007, l’axe phénoménologie et ontologie a pris en charge l’organisation du séminaire interne du Centre de Recherches d’Histoire des Idées, et a choisi de le faire porter sur un problème fondamental de la phénoménologie henryenne  : le statut de l’affectivité. Ce séminaire a été organisé en fonction d’un objectif résolument interdisciplinaire, afin d’ouvrir, entre l’approche phénoménologique-matérielle de l’affectivité et son traitement dans les sciences humaines, un dialogue critique, facteur d’approfondissement dans la problématique générale. Le Séminaire du C.R.H.I. a ainsi  reçu, sur un programme de neuf séances, des représentants de méthodologies nettement différentes, voire opposées sur le sujet : psychologie cognitive, histoire, sociologie, anthropologie, théologie, histoire de la philosophie, philosophie de l’action, épistémologie de sciences de la vie.

Jean-François Lavigne, professeur de philosophie, C.R.H.I. : Le statut ontologique de l’affectivité : fondement ou épiphénomène ? Michaël Biziou, maître de conférences de philosophie, C.R.H.I. : La constitution du sujet affectif chez Shaftesbury. Aurélien Liarte, ATER de philosophie, C.R.H.I. : L’affectivité sociale. Des affects à l’imaginaire. Pascal Arnaud, professeur d’histoire, C.E.P.A.M. : Famille et affection à Rome. Le vocabulaire romain de l’affection et les conditions de son émergence dans les sphères du public et du privé (Ier–IIIe siècles de notre ère). Jean Robelin, professeur de philosophie, C.R.H.I. : Le caractère social de l’affectivité. Joël Candau, professeur d’anthropologie cognitive, L.A.M.I.C. : L’affectivité considérée comme un domaine spécifique : le cas des émotions primordiales. Philippe de Georges, psychanalyste, Nice : Affects, mensonge et certitude. Paul-Antoine Miquel, maître de conférences de philosophie, C.R.H.I. : Affectivité et auto-organisation. Jean-Pierre Zirotti, professeur de sociologie, SOLIIS-URMIS : Sociologie de l’action et émotions. P. Yves-Marie Lequin, o.p., Nice : La « conversion » affective dans les Confessions d’Augustin

« Affectivité et vérité à la lumière de la phénoménologie matérielle », colloque international, 29 et 30 mai 2007

La culture contemporaine se caractérise par un divorce croissant entre la vie affective et les valeurs de la connaissance. Tandis que d’un côté l’affectivité, en tant que dimension essentiellement subjective de l’expérience, est toujours plus considérée comme un principe d’illusions relatives, un domaine par principe dénué de vérité, où peuvent seulement s’exercer des causalités, naturelles ou pratiques (psychologiques, thérapeutiques) ; d’autre part la connaissance, soumise à l’exclusive domination du modèle épistémologique de l’objectivité, propre aux sciences expérimentales, façonne une pensée et une société qui tendent toujours plus à opposer les valeurs du vrai et les exigences de la vie, la réalité et le désir.

L’œuvre phénoménologique de Michel Henry ouvre, sur les relations de la vie subjective, en tant qu’affectivité originaire, avec les modalités intellectuelles et cognitives de la vie de l’esprit, une perspective autrement plus profonde et nuancée, que ces oppositions trop sommaires. Il est possible, à la lumière de sa « phénoménologie matérielle », de restituer à la connaissance scientifique objective, et au mode de pensée qui en dérive, son nécessaire fondement dans la vie, sans pour autant verser dans un subjectivisme aux contours vagues. Et de même, en retour, de développer une analyse rigoureuse de la vie affective sans se croire obligé de céder, pour motif de scientificité, à la tendance contemporaine à la réification du sujet et aux « naturalisations » hâtives.

La phénoménologie matérielle, élaborée par Michel Henry (1922–2002) dans une œuvre couvrant plus de quarante années de la vie philosophique française (de 1955 à 2002), est l’accomplissement radical de la phénoménologie classique issue de Husserl et Heidegger. Elle naît, sous la forme d’une phénoménologie de la vie, avec la découverte du substrat fondamentalement affectif de tous les actes subjectifs intentionnels – y compris bien entendu les actes cognitifs, évaluatifs, axiologiques et pratiques : Que l’intentionnalité n’est pas le fondement premier de notre accès aux objets et au monde, comme l’avait cru à tort la première génération des phénoménologues français (Merleau-Ponty, Sartre), telle est la découverte fondamentale de Michel Henry.

Ce n’est pas pour autant un motif pour rejeter l’approche subjective de la vie intentionnelle et corporelle héritée de Husserl — comme l’a supposé un peu vite une seconde génération, fascinée par la transcendance et l’extériorité, celle du langage (Derrida), des systèmes symboliques (Ricœur, Foucault), ou d’autrui comme tel (Lévinas) : la phénoménologie lorsqu’elle reste fidèle à sa méthode — la réduction phénoménologique — et la pousse jusqu’à ses ultimes conséquences, dévoile le caractère radicalement immanent de toute activité — que ce soit celle du corps ou de l’esprit — sa fondation originaire dans la vie absolue, comme affection originaire de l’ego par lui-même, comme auto-affection.

Or, cette co-originarité de la vérité, de la phénoménalité et de l’ipséité dans leur commune origine, le processus de l’auto-affection, va directement à l’encontre de toutes les recherches contemporaines des théories de la cognition : Leur projet méthodologique de fond, — dégager un substrat extérieur et physique (neurobiologique) des opérations de la conscience — implique toujours :

a) Une préconception, jamais interrogée, de la vérité scientifique, comme ce qui serait à fonder par la théorie elle-même.

b) Une préconception réductrice de l’affectivité, limitée au seul domaine des « émotions » et des « affects », eux-mêmes appréhendés comme un secteur particulier de la vie de conscience, plus ou moins isolable des autres actes, et comme une simple réponse à l’action stimulante du monde extérieur.

La phénoménologie matérielle remet radicalement en question ce naturalisme naïf de la vérité et de la connaissance. Il est grand temps de prendre la mesure, en France, de ce qui constitue une véritable révolution théorique pour les sciences de l’homme, et pour les bases de leur épistémologie.

Jean-François Lavigne, université de Nice : Vérité de la vie et intentionnalité : l’affectivité immanente comme origine du monde. Jean Leclercq, UCL, Louvain-la-Neuve : Logique de l’affectivité et crise de la Parole selon Michel Henry. Gabrielle Dufour-Kowalska, Genève : Souffrance et vérité. Maurizio Malaguti, université de Bologne : La Vie et la réfraction des formes. Jean-Michel Longneaux, FUNDP, Namur : L’affectivité : l’impensable des neurosciences. Karel Novotny, université Charles, Prague : La donation du vécu et la détermination du phénomène. Carla Canullo, Université de Macerata : La vérité de la chair. Rolf Kühn, Vienne / Fribourg : L’individuation comme intensité affective originaire. Giuliano Sansonetti, université de Ferrare : Une ontologie de l’affectivité et de la vie: M. Henry et H. Jonas. Marc Maesschalck, UCL, Louvain-la-Neuve : De Fichte à Michel Henry : Théorie de l’affect et théorie de l’être.. Paul Audi, Paris : À propos du « sentiment de l’existence. Sébastien Laoureux, FUNDP, Namur : Généalogie de la vérité et mise en intrigue du sentiment. Sur l’empirisme transcendantal. Anne Juranville, université de Nice : L’éthique de la psychanalyse et la question de la jouissance. Carole Talon-Hugon, université de Nice : Émotions, sentiments et auto-affection

  6) The Paradox of Negative Emotions in Art 22 & 23 mars 2009 UCL-KUL – Belgique)

Ce colloque est le second colloque co-organisé par l’UCL/KUL et l’Université de Nice (avec le Prof. C. Talon)

Ce colloque avait pour but  d’étudier le phénomène du paradoxe des émotions négatives dans l’expérience artistique : comment expliquer le plaisir pris à cette expérience, lorsque celle-ci a pour véhicule des émotions négatives, c’est-à-dire foncièrement déplaisantes? Le colloque comportait deux parties distinctes. Une première partie consacrée à l’histoire des explications données à ce phénomène, depuis Gorgias, Platon et Aristote, jusqu’à l’époque moderne et contemporaine (Hume, Diderot, Nietzsche, Adorno). Une seconde partie davantage systématique, avec des approches issues de la philosophie analytique contemporaine.

Conférenciers : Fernando Santoro (Federal Univ. de Rio de Janeiro) : ‘Le paradoxe de la comédie selon Platon et Aristote’. Nick Pappas (Univ. of New-York) : ‘Tragedy’s Picture of Mourning’. Carole Talon (Univ. de Nice) : ‘Le paradoxe des émotions négatives dans l’esthétique européenne des Lumières’. Christopher Williams (Univ. of Nevada, Reno) : ‘Mere Suffering. On Schopenhauer’s treatment of tragedy’. Arnold Burms (KUL) : ‘The Poetry of Disenchantment’. Jerrold Levinson (Univ. of Maryland) : ‘Joy and Suffering in the Experience of Art’. Alex Neill (Univ. of Southampton) : ‘Grafting a delight on wretchedness’:  pleasure, negative emotion and the experience of art’. Raf De Clercq (Lingnan Univ. Hong Kong) : ‘A simple solution to the paradox of negative emotion’. Derek Matravers (The Open Univ.) : ‘’Negative emotions and creativity’. Elisabeth Shellekens (Univ. of Durham) : On Hating Good Art. Jenefer Robinson (Univ. of Cincinnati) : ‘Sentimentalism’.

Une partie de ces contributions va être éditée aux éditions Palgrave-Mc Millan sous le titreSuffering Art Gladly. The Paradox of Negative Emotions in Art. Pierre Destrée (U. of Louvain) & Jerrold Levinson (U. of Maryland), editors.

 7) Ethique et esthétique. Perspectives anglo-saxonnes. Traduction collective réalisée par Geneviève Chevallier, Graham Dallas, Béatrix Pernelle et Carole Talon-Hugon

 Cette traduction augmentée d’une préface et d’une introduction, qui paraîtra sous le titre Éthique et esthétique. Perspectives anglo-saxonnes aux P.U.F. en septembre 2011.

 Andrew Cecil Bradley, « Poetry for Poetry’s Sake », Oxford Lecture on Poetry, 1959.

R. W. Beardsmore, « Learning from a Novel », Royal Institute of Philosophy – Philosophy Lecture, 6, 1973.

Lawrence W. Hyman, « Morality and Literature : The Necessary Conflict », British Journal of Aesthetics, 24, 1984.

Noël Carroll, « Moderate Moralism », British Journal of Aesthetics, 36, 1996.

Matthew Kieran, « Art, Imagination and the Cultivation of Morals », The Journal of Aesthetics and Art Criticism, 54, 1996.

Daniel Jacobson, « Sir Philip Sidney’s Dilemma : on the Ethical Function of Narrative Art », The Journal of Aesthetics and Art Criticism, 54, 1996.

Richard A. Posner, « Against Ethical Criticism », in Philosophy and Literature, 1997.

Daniel Jacobson, « In Praise of Immoral Art », Philosophical Topics, 25, 1997.

Noël Carroll, « Moderate Moralism versus Moderate Autononomism », British Journal of Aesthetics, 38, 1998.

Berys Gaut, « The Ethical Criticsm of Art », in Aesthetics and Ethics. Essays at the Intersection, ed. by J. Levinson, Cambridge University Press , 1998

Matthew Kieran, « In Defense of the Ethical Evaluation of Narrative Art », British Journal of Aesthetics, 41, 2001.